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À la Recherche de l'identité Haytienne

À LA RECHERCHE DE L'IDENTITÉ HAYTIENNE POUR RACHETER NOTRE DIGNITÉ
19 octobre 2025 par
Dr Jean G Bissainthe
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Chers concitoyens, chères concitoyennes,

Si nous voulons être authentiques, nous devons rompre avec l'idéologie noiriste et pan-africaniste.
Nous avons pour devoir de retourner à l'ancestralité sans concentrer nos efforts sur l'Afrique noire. Les exploits des leaders émergents et révolutionnaires de l'Afrique subsaharienne peuvent nous servir de motivation, mais ne sont pas en mesure de se reproduire de manière similaire sur le territoire haytien. La prise de pouvoir au Sahel par de jeunes militaires noirs est le résultat d'un long combat contre le colonialisme français en perte de vitesse. Évidemment, les réveils africains et népalais peuvent nous servir d'inspiration, et le peuple haytien se conscientise graduellement et est à la recherche d'un leadership inébranlable et authentique pour le conduire à bon port. Indubitablement, nous avons des valeurs africaines dans notre culture, nos comportements, nos systèmes alimentaires, nos danses, nos musiques, nos conceptions de la vie, etc.

Cependant, nous ne sommes pas africains de race noire, ni non plus français de race blanche. Nos devanciers du XXe siècle étaient tellement africanistes qu'ils avaient méprisé les valeurs traditionnelles des anciennes civilisations haytiennes telles que les Annunaki, les Atlantes, les Phéniciens (Sidonais, Tyriens), les Israélites, les Siboneys, les Tainos, les Ciguayes, les Marcorixes, etc.
La spiritualité ancestrale des Haytiens est basée sur les traditions rituéliques de ces civilisations dont nous venons de citer. Notre identité ne peut pas être conçue sur la base du noirisme ou de l'africanisme. L'Haytien n'est pas africain, mais plutôt le résultat d'un mélange ethno-racial et culturel. L'identité de notre peuple ne peut pas être définie à travers la couleur de la peau ou le phénotype. Nous sommes un peuple mélangé, et parmi nous figurent des petits blancs, des blancs manants, des blancs moyens, des mulâtres pauvres et riches, des quarterons, des octavons, des griffons, des marabous, des métis, des zambos, etc.

L'indigénisme avait pris naissance au sein du mouvement noiriste basé sur l'idéologie ethno-raciale, politique, et culturel. Le débat sur le noirisme avait débuté au XIXe siècle au sein de l'élite intellectuelle haytienne de la classe moyenne qui faisait une fausse plaidoirie en faveur de la race noire. Est-ce que l'époque exigeait un tel débat? Assurément, mais ce n'était pas prioritaire pour un pays dans lequel nos paysans vivaient encore à l'état primitif, dans des huttes mal construites et des conditions de pauvreté extrême, et en carence des soins sanitaires, d'un système alimentaire adéquat et de l'instruction scolaire.
Parmi les défenseurs du noirisme figurent le président Lycius Salomon Jeune, Louis Joseph Janvier, Horace Paulius Sannon, et en partie Anténor Firmin qui dans la praxis sociale et politique aurait préféré le mulatrisme. 

Plus tard au XXe siècle, apparurent Dr. Jean Price Mars, Carl Brouard, Dr. François Duvalier et Lorimer Denis. Ces derniers avaient voulu redécouvrir l'identité haytienne à travers le prisme de l'africanité. Selon eux,  l'authenticité raciale ne pourrait être conçue que sur la base de l'idéologie politique et culturelle. Ils avaient finalement établi une suprématie noire convertie en une dictature de la majorité sur le plan conceptuel; mais au fond, les intellectuels de la classe moyenne noire détenaient le pouvoir depuis la "Révolution de 1946". En se rendant compte qu'ils n'avaient pas eu les moyens économiques nécessaires pour affaiblir leurs ennemis mulâtres traditionnels, ils firent appel aux syro-libanais qui n'avaient aucune vocation patriotique et nationaliste. Paradoxalement, ces derniers sont les descendants des Phéniciens qui avaient fondé l'une des plus brillantes et prospères civilisations sur l'île d'Hayti au temps des rois Salomon d'Israël et de Manassé de la Judée respectivement.

Le noirisme fut une réaction spontanée et émotive de cette classe moyenne noire contre ses ennemis mulâtres traditionnels et les occupants américains (1915-1934). Cependant, l'élite mulâtre avait fait preuve d'unité conjoncturelle avec les noirs pour combattre ces envahisseurs étrangers. Une fois au pouvoir, les représentants de cette dite élite noire établirent une suprématie convertie plus tard en une dictature apparente de la majorité noire. Le président François Duvalier allait développer une forme de "négrisme" en négrifiant les institutions académiques, religieuses et publiques du pays pour essayer de matérialiser le noirisme tout en créant les milices à travers la paysannerie isolée, marginalisée et appauvrie. En se voyant coincé sur le plan financier, il fit appel aux hommes d'affaires et commerçants syro-Libanais pour le secourir. Il s'agit d'une stratégie maladroite basée sur le mépris haineux d'un secteur puissant du pays.

Le mouvement noiriste avait failli à sa mission historique. Pourtant, les pères fondateurs de notre patrie avaient fondé l'armée indigène comme modèle d''authenticité nationale pour maintenir le nouveau État indépendant sous le nom d'Hayti au lieu de le baptiser sous un nouveau nom tel que  "Nouveau Empire de Dahomey, République Néo-Africaine ou Nouveau État du Congo. Ils allaient plus loin en consacrant dans la Constitution impériale de 1805 l'indivisibilté, de l'île sur le plan mystique, géographique et politique. L'article 1 de notre loi-mère fait revivre la formule stratégique de la confédération insulaire basée sur les cinq, six ou sept caciquats. Hayti est indivisible, coopératiste, libre, indépendant et souverain. C'est assurément leur perception erronée de l'haïtianité qui avait empêché nos devanciers de la seconde partie du XIXe siècle et de la première partie du XXe siècle d'aborder et de débattre en profondeur les problèmes structurels du pays pour aboutir à une vraie intégration sociale.
Les nouvelles générations ont payé les conséquences d'une orientation idéologique insensée de nos intellectuels et hommes d'État du XIXe et XXe siècles qui ont gaspillé leur temps à défendre la race noire en excluant la femme dans leur projet national. Pourtant, les problèmes socio-économiques tels que l'exclusion, la pauvreté, l'analphabétisme, le chomage, le manque de soins de santé de notre peuple avaient été négligés. 

Cette déformation sociale a donné comme résultat l'émergence d'un peuple au sein duquel figurent des parasites, des individus complexés, des salauds, des épaves, des traitres, des esclaves modernes  des pauvres, des mendiants, des flatteurs, des hypocrites, des assassins, etc.

Le phénomène du banditisme actuel ne peut pas être expliqué en dehors de cette réalité. Il est  le produit de l'irresponsabilité de nos dirigeants du passé. Tout récemment en Juin 2024, les vrais ennemis du peuple haytien ont acclamé le jeune pan-africaniste congolais en Hayti, Kémi Seba. Durant sa tournée de plusieurs jours au pays, il encouragea nous autres Haytiens à pardonner les gangs sans connaitre en profondeur notre réalité sociale, politique, culturelle et économique. Le discours sur le retour en Afrique se trouve encore sur les lèvres de certains politiciens haytiens. Notre position ne doit pas être une rupture totale avec l'Afrique, mais plutôt un éloignement de ce continent qui gémit encore sous le joug du colonialisme européen et américain et du partenariat déguisé des chinois.

Il nous faut donc retourner à l'ancestralité haytienne et non-africaine en vue de redéfinir notre identité et récupérer notre souveraineté sociale, intellectuelle, spirituelle, culturelle et économique.
Dr Price- Mars avait fait la remarque de la fragmentation sociale dans son ouvrage: "La Vocation de l'Élite", en observant l'unité stratégique entre les noirs et les mulâtres et le distancement ou la passivité  des syro-libanais victimes des crimes et des pillages perpétrés contre eux dans les gouvernements de Nord Alexis (1902-1908) et de Cincinnatus Leconte (1911-1912). 

De nos jours, le schisme interne et l'infiltration étrangère sont visibles au sein de nos structures politiques. Dans cette conjoncture actuelle, l'unité entre les forces vives de la nation constitue la solution première pour éradiquer les maux morcelant notre société. Il nous faudrait envisager une vraie alternative de transformation sociale et politique qui bénéficie la grande majorité et non de petits clans parasitaires cherchant ou protégeant des intérêts mesquins. En dépit de ses faiblesses, l'esprit de la Constitution de 1987 garantit les valeurs de la démocratie, de la justice sociale et distributive au moyen de la décentralisation et le coopérativisme authentique consacré déjà dans la Constitution impériale de 1805.

Que les Grands Esprits Titulaires de la Nation nous fassent rejoindre la voie de la sagesse, de la pondération, de la conciliation et de l'unité pour affaiblir et dérouter les forces destructives, visibles et invisibles, de notre nation.

Dr. Jean G. Bissainthe

bissaije@yahoo.com

Président Betorah Ministries
Expert en Histoire et Civilisations

Expert en Relations Internationales

Dr Jean G Bissainthe 19 octobre 2025
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